Plaidoyer pour reconnaître l’agriculture urbaine comme service essentiel aux communautés

 

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, le gouvernement du Québec a établi la liste des services essentiels afin d’assurer au maximum la réduction de la propagation et la sécurité des citoyen-nes. Parmi ceux-ci, notons la production « manufacturière » de biens alimentaires, dont la production maraîchère et horticole, et plus généralement les activités inhérentes aux entreprises agricoles. Notons également l’annonce par le gouvernement Legault en date du 13 avril 2020 de la réouverture des pépinières et centre jardins. Cultiver Montréal tient à saluer toutes ces décisions qui ont pour but d’encourager les entreprises québécoises, l’achat local et la résilience des systèmes alimentaires locaux. Cependant, et dans le même sens que la Pétition pour l’ouverture des jardins communautaires et collectifs au Québec lancée il y a quelques jours, Cultiver Montréal demande au Gouvernement du Québec et à la Ville de Montréal de légiférer afin que l’agriculture urbaine, tant sous ses formes commerciales que communautaires et citoyennes, soit reconnue comme service essentiel. Nous demandons ainsi que les jardins communautaires et collectifs, qui répondent à de nombreux besoins, soient accessibles aux citoyen-nes. Nous suggérons fortement qu’à l’instar d’autres juridictions, le Gouvernement du Québec et la Ville de Montréal adoptent un cadre réglementaire de mesures préventives claires pour assurer la santé et la sécurité des citoyen-nes durant la pandémie. 

Certaines juridictions provinciales et municipales reconnaissent dès à présent l’agriculture communautaire et d’autosubsistance comme services essentiels durant la pandémie de COVID-19. C’est le cas du gouvernement provincial de la Colombie-Britannique qui a statué que les jardins communautaires et autres services de production alimentaire doivent rester ouverts et offrir des mesures pour protéger la sécurité et la santé des utilisateur-trices.  Rappelons que l’impact de l’agriculture urbaine à Montréal n’est pas anecdotique, celle-ci est pratiquée par des dizaines de milliers de Montréalais.Qu’on parle de jardins individuels, communautaires, collectifs ou d’entreprises, l’agriculture en milieu urbain est une partie intégrante – et essentielle – de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Selon une étude du Laboratoire sur l’agriculture urbaine, une parcelle moyenne de 15m2 dans des jardins communautaires « peut fournir 75% des besoins en légumes frais de deux adultes ». Outre une source alimentaire non négligeable, l’agriculture urbaine contribue à rendre Montréal et ses citadins plus résilients en temps de pandémie, tout en offrant une foule de bienfaits à ceux qui la pratiquent, notamment au niveau de la santé physique et mentale. L’agriculture urbaine crée des espaces d’inclusion, notamment des personnes plus marginalisées, par la création de liens de solidarité qui dépassent les genres, les cultures, les générations et les milieux socioéconomiques. Les organismes, institutions et entreprises oeuvrant en agriculture urbaine permettent aussi une amélioration des habitudes de vie des personnes, par l’activité physique et la consommation accrue de fruits et légumes frais. Ce sont des lieux d’apprentissages importants et d’autonomisation alimentaire, souvent accompagnés de conseils pratiques pour la conservation et transformation des aliments, le tout à faible coût pour les personnes.  Dans un contexte où plusieurs ménages, et notamment les plus vulnérables, vivent un grand stress, qu’il soit financier ou social, il est essentiel d’offrir aux citoyen-nes l’opportunité d’être plus résilient par la pratique du jardinage. L’agriculture urbaine est un levier social, économique et environnemental important, particulièrement en temps de crise, tel que l’a démontré le succès des “Jardins de la victoire”.  

BONNES PRATIQUES EN TEMPS DE COVID-19

En toute cohérence avec les recommandations de l’INSPQ et des autorités de santé publique, Cultiver Montréal suggère que les bonnes pratiques suivantes soient mises en place dans les différents espaces dédiés à l’agriculture urbaine. 

  • Toute personne en quarantaine, ayant des symptômes ou qui a été exposée au virus devrait s’abstenir de prendre part aux activités de jardinage
  • Établir le nombre de jardinier maximal dans un même espace afin de respecter les normes de distanciation sociale de 2 mètres
  • Exiger que les utilisateur-trices se lavent les mains avant et après la réalisation de leurs activitésInviter les jardinier-es à utiliser leurs propres outils si possibles, ou à désinfecter les outils avant et après l’usage
  • Assurer l’accès à l’eau courante et au savon et Assurer l’accès à du désinfectant pour les outilsCréer un horaire de jardinage afin de respecter le nombre de jardinier-es permis en même temps
  • Inviter les jardinier-es à changer de vêtements et à laver ceux-ci une fois de retour à la maison
  • Communiquer les directives sanitaires à respecter via des affiches signalétiquesDemander une signature comme engagement à respecter les règles  

Pour toutes ces raisons, nous réitérons notre demande au Gouvernement du Québec et à la Ville de Montréal de légiférer afin que l’agriculture urbaine soit reconnue comme service essentiel et nous serons toujours disposés à participer à ces réflexions.